Qu'est-ce que faire son deuil et quels sont les impacts sur notre vie ?

Mis à jour : janv. 24

L'expression populaire "faire son deuil" est communément admise, laissant penser qu'il n'y en a qu'un ou qu'il est forcément relié à la perte d'un membre de la famille. Mais aussi que nous devons agir pour en arriver à bout et s'affranchir enfin de ces sentiments de mal-être qui occupent notre quotidien. Et pourtant c'est bien l'inverse d'une certaine manière, car il est associé à une vraie perte que nous ne pouvons combler, mais panser. Le deuil est un processus naturel, un cheminement au cours duquel nous apprenons à vivre avec l'absence de l'être cher perdu (ou projet, notoriété, animal, maison...) fait de 5 à 7 étapes selon les spécialistes. Nous n'en avons pas le contrôle, et les étapes n'ont pas d'ordre prédéfini et sont vécues différemment selon les personnalités. C'est un peu comme une trame qui a été perforée et qui se tisse au fur et à mesure, en plusieurs temps jusqu'à ce que la douleur ne fasse plus souffrir mais peut parfois pincer au souvenir de l'événement douloureux.

L'accompagnement au deuil consiste à intégrer un ensemble d'outils nous permettant d'identifier nos différents sentiments et ainsi mieux affronter la vie et la mort, le gain et la perte. Ce processus étant complexe et la plupart des gens ignorant le processus du deuil, je vous recommande grandement de consulter un professionnel de santé qui saura vous accompagner dans votre cheminement intérieur qui a un impact bouleversant sur notre vie mais également celle de notre entourage. En tant que thérapeute, je reçois beaucoup de personnes qui sans s'en rendre compte traversent une phase de deuil, car le deuil bouleverse la vie et transforme notre corps comme notre esprit, pour certaines personnes jusqu'à la maladie.

Mais ce processus reste majoritairement méconnu du grand public. Alors qu'est-ce que le deuil ? Et quel est son processus ? Nous verrons également quels peuvent être les impacts de nos deuils de la vie dans notre entourage et sur nous-même. Et que puis-je faire pour le laisser agir en moi sans trop affecter mon entourage ni moi-même ?



Les étapes du deuil


Les trois spécialistes du deuil dont je m'inspire pour écrire cet article sont Elisabeth Kübler-Ross, Jean Montbourquette et Christophe Fauré. De nombreux ouvrages sont disponibles pour approfondir vos connaissances dans ce domaine. Je me suis permis ici de regrouper la vision des trois spécialistes nous donnant une idée globale des étapes du deuil :

• le choc/la sidération (point commun à tous les spécialistes)

• le déni

• une phase d'agitation émotionnelle et de recherche du défunt ou de l'objet perdu

• le marchandage où peut apparaître de la colère

• la tristesse/dépression/épuisement où l'endeuillé est confronté à ses limites

• pleine conscience de la perte comme réelle

• l'échange des pardons et les héritages

• l'acceptation et la réconciliation avec la vie


Le choc et la sidération / le déni : durant cette étape l'endeuillé interprète les choses de manière erronée et sont langage est confus, on peut se sentir comme paralysé, hébété, stupéfait, dans la torpeur. Le déni s'exprime par des phrases telles que "je n'y crois pas", "je vis un vrai cauchemar", "je ne peux pas y crois, hier encore nous..." On sait que la fin est là, mais cette "camisole" psychique contient l'esprit et gère inconsciemment les émotions de fond pour survivre à la perte. La vie paraît démunie de sens et impitoyable, nous nous sentons coupé du temps et des autres qui continuent à vivre. La sidération est à 3 niveaux : les affects sont anesthésiés, les perceptions émoussées et l'organisme paralysé (évanouissement et vomissements sont possible).

Parfois l'entourage encourage au déni, car lui-même supporte mal de voir son ami(e) souffrir. Le déni prolongé empêche le deuil et peut mener à une forte dépression. Les réactions pour se protéger de la souffrance étouffe la vie intérieure. Quand on laisse accéder la souffrance à la conscience de manière vive intense et claire, par bonheur elle passe rapidement et nous nous rendons compte que nous sommes toujours vivant.


La recherche et l'agitation émotionnelle : Les questions se multiplient, on se refait le film en arrière plusieurs fois, la torture devient mentale. Les proches ne savent pas comment réagir et cette différenciation crée une agitation sociale. Cette distanciation permet de devenir observateur, de prendre un peu de recul sur la situation et s'investir aussi dans l'organisation des funérailles. La douleur est mise temporairement de côté pour être également présent pour l'entourage qui vient se recueillir et présenter ses condoléances. A ce moment, il est possible de découvrir une vie cachée de l'endeuillé que la personne ignorait tout au long de leur relation et est vécu comme une trahison. La sortie de cette phase est progressive et invite l'endeuillé à libérer certaines forces de vie, les émotions affleurent en surface.


Le marchandage/colère/tristesse : L'endeuillé cherchant à négocier la dure réalité est dans un comportement compulsif de superstitions : "non mais elle va revenir", "si les médecins avaient pensé à ça, il serait là encore avec moi", "je suis expert dans ce domaine depuis 15 ans, pourquoi hésitez-vous à m'embaucher?", "au fond de moi, je sais que...", "c'est sûrement une erreur de comptage de cet Etat, c'est truqué !". Il tente de forcer des portes qui ne s'ouvriront jamais, il n'accepte pas le sort qui lui est réservé et il finit par s'épuiser : c'est alors la grande ronde des émotions. Cette étape est importante, l'endeuillé lâche les rênes, se résigne. Cela permet de purifier le psychisme, de réduire la pression exercée par l'expression des ressentis contenus. C'est une étape dramatique, l'entourage voit que l'endeuillé va mieux et pourtant tout relâche, l'endeuillé baisse les bras et prend le creux de la vague. Submergé par la peur, de l'impuissance, de la peine, de la colère et de la culpabilité, l'endeuillé a le plus besoin de soutien dans cette phase. Il n'hésitera pas à se séparer de ceux qui ne sauront pas être à la hauteur dans ce moment d'extrême détresse. Mais beaucoup d'endeuillés rentre difficilement dans ce creux par peur de régresser ou se voir être tout petit, très vulnérable, c'est perdre de sa grandeur et de son charisme, la perte extérieur se fait également intérieure, les fondations s'effondrent, se déstructurent. D'autres n'ont jamais appris à exprimer leurs émotions et restent muets et craignent de déborder et de faire du mal autour de soi par peur de perte de contrôle de soi. Cela pouvant être mal interprété par l'entourage, par crainte de rejet l'endeuillé préfère rester dans son mutisme.


Conscience de la perte/pardons/héritages : la pleine prise de conscience de la perte s'effectue de manière progressive. L'organisme met du temps à absorber tout l'impact de la vague des mauvaises nouvelles. Ce moment "tampon" a servi à donner un temps de répit à l'endeuillé afin qu'il puisse trouver les ressources qui lui permettront de faire face à la tragédie. Puis un jour, les résistances tombent, tout devient clair pour la personne endeuillée, c'est bien fini... La personne ou l'objet aimé ne reviendra plus, il n'y a plus d'espoir, tout est terminé.


La peine envahit alors toutes les fibres de l'être en deuil.

Elle a le sentiment de glisser dans un trou noir, de perdre ses repères et son chemin. Puis un jour elle émerge et baigne dans la lumière. L'obscurité la pousse vers la lumière et débouche sur une plaine paisible. C'est le début de l'acceptation profonde et de la séparation avec l'être aimé.

"Pardon de ne pas avoir été à la hauteur, pardon de ne pas avoir pu te sauver, pardon de ne pas avoir été un meilleur parent, pardon de ne pas avoir réussi à sauver notre mariage, pardon d'avoir voulu te garder pour moi..."

Demander pardon à l'autre, même en son absence, aide à diminuer son sentiment de culpabilité et à reconnaître les limites de son amour. Puis une fois convaincu que l'on a reçu son pardon, on est mieux disposé à se réconcilier avec soi-même, avec ses limites et ses défauts, ses actions ratées. Une nouvelle harmonie se met en place. Pardonner c'est surtout pour soi, "je ne savais pas, sinon je n'aurais pas agi ainsi"...

L'héritage n'est pas que financier, c'est recevoir les qualités de la personne qui est partie, même si elle a été agressive envers vous, elle avait forcément des qualités que vous reconnaissez aujourd'hui. Elle savait s'amuser d'un rien, gérer les comptes, trouver quelqu'un dans son entourage pour l'aider, avoir le geste rassurant, dire ses quatre vérités, etc. Les héritages peuvent parfois prendre l'apparence de vêtements que nous allons porter, à l'image du défunt. Cela peut concerner aussi un être toujours vivant mais qui n'exerce plus son rôle, comme par peur de perdre le lien, on l'incarne. On va adopter ses attitudes, sa manière de rire, de voir le monde, elle nous complète. Cela peut être symbolisé par une reconversion professionnelle ou un choix de profession : jardinier comme son grand-père qui s'occupait du potager et que l'on aidait lors des récoltes.


L'acceptation/la réconciliation avec la vie/fin du deuil : La personne endeuillée reprend des forces, elle garde les bons moments et les moins bons reviennent parfois. Et les émotions de tristesses peuvent revenir vous toucher sans prévenir, mais elle s'organise de nouveau et retrouve sa manière de fonctionner. Le sentiment de confiance revient, elle se sent mieux qu'avant. Maintenant elle peut se reconstruire différemment, se sentir soutenue par les éléments de la nature, et répondre de nouveau à ses obligations liées à la vie en société. Elle se réinvestit dans le monde extérieur. Il n'y a pas vraiment de signe ostentatoire de fin du deuil. Mais la personne endeuillée va parler ouvertement de l'être perdu, elle va même pouvoir rire de ses petites manières qu'elle avait ou d'être, elle va évoqué des souvenir partagé ou parfois même la critiquer dans ses travers ! L'objectif à ce stade pour l'endeuiller est de pouvoir jouir de nouveau enfin de la vie sans se sentir redevable envers le défunt (loyauté envers lui ou sa famille).



Les impacts des deuils sur notre vie


Les répercussions d'une perte non conscientisée peuvent avoir plusieurs formes comme des scénarios qui se répètent, un sentiment intérieur jours que nous portons comme un fardeau, une confusion mentale qui déforme notre vision des choses, nous pouvons porter les vêtements de la personne qui nous a quitté sans nous en rendre compte, car elle était pour nous une référence d'une personne bienveillante que nous ne pouvons pas concevoir de perdre, au prix de sacrifier une partie de sa propre personnalité qui ne demande qu'à paraître...

De manière plus approfondi, les générations descendantes peuvent porter des deuils non résolus des générations ascendantes. Un travail en psycho-généalogie peut nous aider à éclairer nos fantômes.

Par exemple, ma grand-mère a connu l'invasion des allemands dans le jardin de la maison où elle vivait petite. Elle a été terrifiée de voir ces personnes envahir le territoire du foyer où ses propres parents ne pouvaient assurer leur fonction sécurisante. Ce choc, bouleversant l'équilibre harmonieux de son enfance, a été vécu comme une perte (de sécurité) et a été engrammé dans son corps comme menace objective. Son fils, mon père, ferme encore aujourd'hui les stores à 19h et ferme la porte à double tour, par peur d'être envahit.

Cela doit probablement s'observer chez vous d'une manière ou d'une autre tant le phénomène est collectif. Le confinement actuel aura aussi son impact et il en sera ainsi à chaque génération, c'est la fin d'un cycle qui donne naissance à un autre.


Se faire accompagner pour cheminer dans son deuil


Les impacts ont diverses intensités qui dépendent des facteurs de complications de la rupture comme un changement brutal plutôt que progressif, la durée du lien que nous avions avec la personne partie, l'affectivité également envers l'objet ou la personne, la faible estime de soi, l'isolement, la difficulté à s'exprimer, etc. Il est parfois difficile pour certaines personnes de s'en sortir car par une certaine arrogance masquée, elles se disent qu'elles n'ont besoin de personne ou que l'intensité de leur souffrance les empêche de croire qu'il est possible de s'en sortir. Tout est disponible dans notre monde, le plus difficile est de savoir quel réseau emprunter. Les proches d'une personne en détresse peuvent également penser que cela passera, qu'elle finira bien par s'en sortir. Et c'est le cas parfois, puis dans d'autre cas c'est la maladie qui apparaît, l'alcoolisme et sa mort à petit feu, le suicide, le refuge dans le travail ou l'isolement, l'adoption de comportement abusifs ou excessifs. La personne qui traverse un deuil peut aussi se retrouver bouc émissaire ou à l'inverse persécuteur. Dans tous les cas, un comportement extrême et de longue durée est un indicateur de déséquilibre, qu'il soit fuyant (effacé, trop gentil, isolé) ou combatif (performeur, tyrannique, irascible).

Plus tôt se fait la prise en charge, plus l'endeuillé pourra retrouver sa pulsion de vie et retrouver une vie sociale équilibrée, un meilleur sommeil, une vision de la vie plus positive. Et cela aura moins d'impact avec l'entourage qui paie les frais de cette "dégradation" et d'un ordre inversé (l'enfant va devenir parent de son propre parent malade par exemple)...


Ce que je vous propose :

• c'est de vous accompagner si vous traversez une phase du deuil grâce aux outils de la sophrologie pour apprendre à vous sécuriser et à récupérer. Vous pouvez lire l'article à ce sujet : L'accompagnement du deuil avec la sophrologie

• du point de vue de l'enfant intérieur, c'est découvrir les mécanismes inconscients qui sont en place et vous empêche d'évoluer grâce à des techniques d'art-thérapie. Mais également retrouver l'enfant en soi pour apprendre à le laisser s'exprimer et libérer la parole enfin autorisée. Le rassurer de ses peurs et l'autoriser à être fragile sans le juger grâce à des techniques exclusives propre à cette approche intégrative.

• d'apaiser vos émotions et vos pensées avec les fleurs de Bach


Contacter Thierry Régnier - thérapeute



Je terminerais cet article avec un poème de Jean Monbourquette


J'ai mal du bonheur des autres


Certains jours, le bonheur des autres me fait mal.

Je supporte difficilement de voir :

les familles heureuses,

les couples d'amoureux,

les amis qui rient ensemble,

les gens qui s'embrassent,

les personnes qui semblent

réussir en tout

Je me sens comme un orphelin

que la vie trahit

Je me révolte à l'intérieur

Les bonheur des autres,

c'est du vinaigre sur ma plaie.

Quand j'imagine que la personne qui m'a quitté est heureuse sans moi,

ma blessure devient intolérable.

Je pers la face, j'ai honte

et je veux m'isoler.



Lectures : Aimer, perdre et grandir - de Jean Monbourquette

Sur le chagrin et le deuil - d'Elisabeth Kübler-Ross et David Kessler

Vivre le deuil et se reconstruire - de Christophe Fauré

Carnet de deuil - de Nathalie Hanot

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