Le monde interdit

Mis à jour : nov. 18


Tiwi ferme les yeux et s’endort dans le canapé que son amie Diana lui a mis à disposition après l’épreuve de cette nuit là. Les meubles et les petits objets décoratifs s’effacent progressivement, Tiwi s’endort et s’en va dans un monde onirique. De grandes tours bétonnées sortent d’un terrain vague produisant un bruit assourdissant. Les plaques de goudron craquent sous la pression du relief urbain qui se dresse devant ses yeux grands ouverts. Tiwi sent le sol trembler sous ses pieds et essaie de garder l’équilibre au milieu de ces geysers de béton. Le bruit cesse soudainement, seul l’écho de quelques gravats se fait entendre au loin, laissant réaliser l’étendue de ce vaste dédale dans lequel Tiwi se trouve et aussi complexe que la carte du métro parisien.

— Hé hooooo ! Hoooooo ! crie t’il.

Pas de réponse, soit Tiwi est tranquille, soit c’est le calme avant la tempête.

— HOOOOO ! hurle t’il. Cette fois-ci, il reçoit son écho en réponse, ce qui le fait tressaillir.

Un sourd grommellement surgit au loin. Le Minotaure sait que son territoire est violé, il souffle fortement par les narines, créant un fort courant d’air qui donne la chair de poule à Tiwi.

— C’est lui, c’est le Minotaure, où peut-il bien être ? s’exclama t’il en restant sur ses gardes. Tiwi ne bouge pas, il sent la terreur le cristalliser petit à petit, mais il se ressaisit aussitôt en serrant les poings et fait un premier pas en avant. Il parcourt les allées étroites façonnées par une succession de tours dont la hauteur transperce les lourds nuages d’un gris qu’il n’avait jamais vu auparavant et qui surplombent la cité.

Une explosion interrompt subitement le parcours de Tiwi, une des tours s’effondre sur le passage du Minotaure qui est plus proche que Tiwi ne l’imaginait. Il accélère le pas et se met à courir se sachant traqué par le Minotaure dont les hurlements mêlés aux chocs des sabots sur le sol poussiéreux annoncent un duel épique. Tiwi se faufile à droite et se retrouve dans une énième allée dont l’étendue ne laisse pas entrevoir d’horizon. La fatigue se fait sentir et ralentit sa course. Il s’engage dans une avenue par la gauche, quand apparaît face à lui le Minotaure. Les secondes qui s’écoulent à présent semblent interminables et Tiwi observe le visage de son ennemi dont le regard est rougi et boursouflé par la haine. De grandes cornes lisses et arquées couronnent un visage à l’ossature saillante dont la large mâchoire peut broyer aisément ce qu’elle capture. Tiwi ne peut s’empêcher de ressentir une certaine attirance envers une telle puissance à laquelle il a pu déjà succomber, à tort. Tiwi sent que sa fin est proche. Les deux êtres se font face à présent et tout laisse à croire que le duel est vain pour Tiwi qui tient son épée lui faisant récupérer son équilibre lorsqu’il la sort de son fourreau.

— Minotaure ! Je te le dis une dernière fois, je ne veux pas te faire de mal. Tu peux encore faire demi-tour ! dit-il avec une fausse assurance.

Le regard vitreux du Minotaure fixe Tiwi qui vacille et se demande si une issue est possible dans une telle situation. La tension est à son comble, plus un bruit dans les airs, les nuages se figent et le Minotaure sue à grosses perles. Il charge sa proie, déterminé à l’éradiquer de son territoire.

— NOOOOOOOON ! hurle Tiwi à qui pourra entendre sa profonde détresse.

Le corps disproportionné du Minotaure est sur le point d’engloutir le corps chétif de Tiwi quand brusquement une massue vient défigurer la bête en furie. Tiwi tourne la tête pour découvrir qui peut bien maîtriser un tel outil de guerre. Un cliquetis se fait entendre au rythme des pas lents et confiants d’un énorme lion transportant sur son dos une guerrière dont la coiffe ondule par-dessus ses épaules et porte un diadème ciselé.

— Mahisasur Mardini ! s’exclame Tiwi. Tu es bien réelle !

De l’un de ses huit bras armés, la divinité indienne envoie un disque en métal découpant les deux cornes parfaitement symétriques du Minotaure qui change d’adversaire. D’un bond léger et maîtrisé, la déesse réalise un salto arrière, permettant au lion à la crinière hérissée de sauter la gueule grande ouverte au cou du Minotaure. La scène est surréaliste, le combat les entraîne dans une roulade détruisant plusieurs tours sur leur passage.

— Tiwi, je suis là pour ta protection, tu n’as plus rien à craindre. Dit-elle pour tenter de le rassurer. Nous allons ensemble mettre fin à ce qui terrifie ton monde intérieur.

— Mahisasur Mardini, le Minotaure est bien trop puissant pour que je puisse l’abattre seul, que puis-je faire ?

— Mon lion s’occupe de l’affaiblir puis, dès que l’opportunité se présente, je l’immobilise avec mes bolas. Toi seul peux détruire le Minotaure en lui plantant la lame de ton épée entre les deux yeux, alors cet acte te transformera dans tout ton être.

Tiwi n’est pas tout à fait certain de comprendre le sens de ce message, mais il acquiesce d’un hochement de tête rapide. Le Minotaure apparaît imposant face à ses deux adversaires. Mahisasur réalise un croc-en-jambes parfait à l’aide de son arme qui fait geindre de rage le Minotaure, se retrouvant indubitablement soumis et humilié.

— À toi de jouer Tiwi ! crie Mahisasur à son jeune disciple.

Tiwi, son épée du cœur fermement tendue en avant, pousse un cri, terrassant la peur qui pourrait le faire échouer dans son acte héroïque. Le lion apparaît au même instant et Tiwi bondit sur son dos pour s’élancer de tout son corps dans les airs, son cou libérant la colère si longtemps retenue en lui. Il trouve la force de planter sa lame dans le crâne du Minotaure à l’aide de ses deux mains croisées. Le Minotaure pousse un dernier râle, laissant le souffle de vie quitter ses chairs. C’est ainsi qu’il périt, mettant un terme à sa domination sur le monde intérieur de Tiwi qui se tient genou à terre.

Il n’en revient pas d’être venu à bout de ce géant, prenant conscience de la force qui dormait en lui. Mais n’y avait il pas d’autres moyens d’en finir avec cette violence ? Il ne peut contenir ses larmes à l’idée d’avoir tué ce qui le liait, même par la haine, à son ancien petit ami Colin. Les émotions se mélangent et créent la confusion la plus totale dans l’esprit de Tiwi qui se sent meurtri mais également en colère face à la vie, pour lui avoir présenté cette expérience douloureuse sur son chemin. Quel en est le sens ? Que veut elle lui apprendre ? Pourquoi doit il lui aussi user de la violence pour sa propre survie ? Il réalise qu’il a tué aussi tout espoir de retrouver celui qu’il a tant aimé, il s’écroule sur le sol. Les tours et le Minotaure s’effacent du paysage de Tiwi qui bascule soudainement dans une autre scène.

Tiwi sanglote et peine à se relever, l’énergie investie dans son combat et le choc de la perte lui ont pris une grande partie de ses forces physiques. Cette fois-ci, le décor est lugubre. Tiwi respire difficilement, l’air ambiant est saturé d’humidité. Il découvre de l’urine qui coule du plafond et ruisselle sur des murs d’excréments. Cette pièce est certainement un passage de purification, une étape qui mènera Tiwi vers le Graal, mais où se diriger quand il n’y a aucune issue... Une voix fantasmagorique surgit d’ailleurs, elle lui paraît pourtant bien réelle.

— Tiwiiii, Tiwiii ! entend-il difficilement.

Son sang se glace, la peur intense oppresse sa poitrine, son souffle est court, son pouls s’accélère. Les murs de boue et de fluides laissent place à de grandes dalles. Tiwi a l’intuition qu’il est dans l’appartement de son enfance, mais il ne voit que le sol qui s’étend à l’infini. Subitement, la voix résonne dans sa tête et prononce son prénom. Une ombre lévite en face de lui. Tiwi s’approche avec prudence et devine une silhouette aux contours humains. Il se retient de parler, sentant que le danger pourrait de nouveau lui être périlleux. Il entend la voix à l’intérieur de sa tête maintenant. Il cerne désormais un voile noir qui recouvre le corps d’un enfant assis, lui tournant le dos. Tiwi n’est plus qu’à quelques mètres de lui et l’idée de rencontrer ce qui peut être la faucheuse de vie le paralyse. Tiwi est persuadé de découvrir le visage osseux et terrifiant de sa propre représentation de la mort. Il sent pourtant qu’il doit la regarder en face avec le même courage qui l’a aidé à se confronter à la violence du Minotaure. La tête de ce corps recroquevillé tourne lentement vers Tiwi qui se tient à quelques centimètres d’une tête obscure et vide. La cape glisse doucement et Tiwi pense apercevoir l’os d’un menton, lorsque le voile tombe enfin. La tension est à son paroxysme. Les pupilles des yeux bleus et tombants de Tiwi se dilatent comme pour enregistrer la scène horrifiante qui se présente à lui. Mais il relâche tout d’un coup, Tiwi découvre un jeune garçon qui tremble de peur. Qui est-il ? Que lui est-il arrivé ? Et qui l’a abandonné ici ? Il regarde ce petit et Tiwi est stupéfait, il se reconnaît à travers lui. Tout s’éclaire dans son esprit, Tiwi vient de comprendre que ce voile de la mort protège cette part de lui-même. Cet enfant vulnérable à l’extrême a trouvé refuge dans les ténèbres. Son visage est très pâle et ses lèvres gercées tremblent de peur, ses bras sont croisés autour de ses genoux auxquels il se maintient comme pour se rassurer d’être toujours présent à la réalité. Tiwi recule pour ne pas nuire à cet enfant qui cherche à établir un contact avec le regard de son sauveur. Tiwi répond à cet appel et un flot émotionnel envahit les deux parties réunies, l’enfant se jette dans les bras de Tiwi qui pleure avec son petit.

— Comment ai-je pu te laisser aussi longtemps dans l’obscurité, tu as dû avoir si peur ! dit Tiwi ému.

— Serre-moi fort dans tes bras, ne m’abandonne plus jamais ! déclare l’enfant.

— Je t’ai retrouvé enfin, tu n’as plus rien à craindre. À partir de ce jour, je m’engage à prendre soin de toi en toute circonstance, à répondre à tes besoins et à protéger ton intégrité. Je vais apprendre à t’aimer car nous avons de belles choses à faire ensemble.

Tiwi étreint longuement l’enfant blessé et met fin à des années de tortures mentales et de perdition, il sait qu’il peut désormais compter sur lui. Un large faisceau de lumière les enveloppe, ils peuvent poursuivre leur quête vers un avenir meilleur.

— Diana, je dois te raconter ce que je viens de vivre ! dit-il en rouvrant les yeux.


Extrait du récit initiatique "Les aventures de Tiwi", de Thierry Régnier © 2020

(projet d'écriture en cours d'écriture)


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